Arbres matures coupés à Richelieu

Un milieu de vie rasé à la suite d’une coupe d’arbres

Des résidents demeurant à l’angle des 4e Rue et 9e Avenue, à Richelieu, ont assisté, impuissants, à la coupe de plusieurs arbres matures, certains âgés de 60 ans, dans le but d’y construire deux triplex.

Selon l’information inscrite sur le document officiel de la Ville, l’entrepreneur a lancé sa demande de permis le 28 août. Celui-ci lui a été octroyé le 31 août. La coupe a débuté moins d’une semaine plus tard. Deux jours auront suffi pour abattre entièrement les arbres qui habillaient le secteur depuis plusieurs décennies. « Il y a eu une analyse et une autorisation au niveau administratif, en lien avec la réglementation en place », met de l’avant Claude Gauthier, maire de la Ville de Richelieu.

Arbres « morts et malades »

Un rapport d’expertise arboricole a été remis à la Ville par la compagnie qui exécute les travaux. Sur le permis accordé par la Ville, les raisons pour l’abattage des arbres sont notamment qu’ils étaient « morts, malades ou dangereux ». Les citoyens du secteur, de leur côté, sont en profond désaccord. « La demande de permis est mensongère en indiquant ceci », réplique Annie Giguère, citoyenne du quartier depuis 15 ans.

Le voisinage considère que les arbres limitrophes au projet auraient pu, quant à eux, être épargnés. « Théoriquement, non. C’est vraiment une question de légalité. Quand l’administration regarde les documents, elle travaille à savoir si c’est conforme », explique Jo-Ann Quérel, conseillère municipale du district en question.

Le journal a demandé d’obtenir le rapport d’expertise arboricole quant à l’état des arbres qui ont été rasés. La Ville de Richelieu a refusé l’accès au document demandé.

Un environnement disparu

Les citoyennes rencontrées par le journal s’indignent quant aux conséquences sur la qualité de vie environnante. « On a choisi le quartier aussi en raison des arbres. Ce n’est plus le même milieu de vie », pointe Blandine Canva, qui s’est établie dans le secteur il y a trois ans.  

Devant le projet, le voisinage a perdu l’environnement qu’il a connu, vu évoluer ou choisi. « C’est traumatique comme événement. Je trouve que c’est sauvage comme façon de fonctionner », déplore Annie Giguère, qui qualifie la situation de « désastre urbanistique, écologique et patrimonial ». Elle rappelle qu’elle n’est pas « contre la présence de triplex ». C’est à la façon de faire qu’elle en veut. 

Les deux femmes ciblent aussi l’aspect environnemental. « On casse les oreilles à nos enfants à l’école sur l’importance des arbres. C’est complètement contradictoire », s’entendent-elles pour dire.

Législation plus forte

Les citoyens reprochent à la Ville de ne pas avoir été consultés, de même qu’un manque de législation. « On veut que les élus nous entendent et prennent la responsabilité de changer les choses », revendique Mme Giguère.

« On travaille pour créer un nouveau règlement plus étoffé et plus mordant avec des amendes salées. La Ville ne veut plus que ce qui s’est passé se reproduise », explique de son côté Claude Gauthier. Pour « étoffer » un tel règlement, les deux élus parlent de « minimum trois mois » de délai. 

Patrick Robson, horticulteur à la Ville, réitère dans le même sens que le maire. « Nous ne souhaitons pas que ce genre de situation se reproduise. » Il ajoute travailler avec les autres employés et élus concernés pour resserrer la réglementation. 

Ne pas répéter

Annie Giguère demande que le cadre réglementaire, entre autres les procédures de demande et d’octroi de permis pour la coupe d’arbres, soit revu et modifié « afin de respecter les principes de développement durable sur notre territoire et de rendre efficientes les meilleures pratiques en ce sens ».

Elle réclame que la demande et la délivrance du permis (incluant tous les documents essentiels à la compréhension) soient étudiées de « façon transparente, en collaboration avec les citoyens, pour y déceler toute information mensongère, tout vice de procédure et/ou lacune de la part du demandeur, ainsi que de la part de la Ville de Richelieu ».

Le cas échéant, elle souhaite que les pénalités prévues soient appliquées, revues et renforcées afin de « dissuader toute infraction de la sorte dans le futur et de réellement appuyer la politique de l’arbre de mesures concrètes et effectives ».

Elle soumet la requête qu’au moins deux arbres matures soient plantés sur chacune des rues ayant été dénudées, que ces dernières soient considérées en façade ou non.