Richelieu : « Mille arbres ciblés » par Hydro-Québec

Le maire de Richelieu, Jacques Ladouceur, mentionne qu’Hydro-Québec (HQ) a « ciblé 1000 arbres à couper » sur le territoire, une situation à laquelle s’opposent les élus. HQ parle plutôt d’une centaine d’arbres.

Plusieurs arbres marqués de peinture orange ont suscité l’inquiétude chez une partie de la population de Richelieu. « On parle d’environ 1000 arbres ciblés pour être coupés sur notre territoire », révèle Jacques Ladouceur, maire de la Ville, au terme d’une rencontre avec HQ. La société d’État n’a pas été en mesure de transmettre un inventaire des arbres visés. « Il faut être conciliant face au réseau électrique à protéger, mais de là à abattre 1000 arbres, il y a quelque chose à doser », considère M. Ladouceur. De son côté, HQ informe que des échanges avec la Ville sont en cours. « Concrètement, nous prévoyons effectuer environ une centaine d’abattages et 80 portées de déboisement », chiffre-t-elle.

Lors de la séance du conseil municipal, les élus ont « exprimé leurs préoccupations quant aux méthodes actuelles d’intervention, notamment en ce qui concerne l’abattage systématique d’arbres sans inventaire détaillé préalable ». Ils ont demandé à HQ d’améliorer la « transparence de ses procédures », ainsi qu’une communication « claire, complète et accessible » aux citoyens concernés. La Ville souhaite aussi que les méthodes moins radicales telles que l’émondage et l’élagage soient privilégiées à l’abattage.

HQ déclare que la coupe des arbres identifiés permettra d’améliorer la qualité de service de plus de 2 000 clients de trois municipalités voisines, dont Richelieu. « Depuis 2019, environ 43 % des pannes sont causées par la végétation dans ce corridor de service. L’identification des arbres à risque de créer des pannes est effectuée par notre personnel technique spécialisé en maîtrise de la végétation », dit HQ. « Je peux comprendre que certains arbres peuvent être problématiques et que le système électrique, c’est important. Mais il ne faut pas dramatiser non plus », relativise le maire.

Dix arbres à l’église

HQ a passé près de couper les dix érables d’environ 80 ans situés devant l’église Notre-Dame-de-Bonsecours. « Ces arbres seront coupés. Nous effectuons ces travaux avec l’autorisation du propriétaire », a tout d’abord indiqué HQ au journal. Michel Gaudreault, membre du conseil de la fabrique, nous a présenté un document qui n’approuve pourtant que l’abattage de trois arbres. Pour le reste, il est question de déboisement d’entretien. « Des discussions ont eu lieu avec le propriétaire des arbres afin de clarifier une confusion entourant les termes du formulaire d’autorisation. Suivant cet échange, ce dernier autorise la coupe de trois arbres, des travaux en surplomb sur quatre arbres et de l’élagage sur trois autres arbres », recadre HQ.

Des citoyens qui fréquentent le lieu se demandent pourquoi ne pas déboiser/élaguer les branches plutôt que de couper les trois arbres ciblés. HQ affirme que la présence de plusieurs défauts sur les arbres rendait l’élagage insuffisant pour éliminer le risque de panne. « Le taux de branches vivantes à retirer afin d’assurer la sécurité du réseau aurait compromis la survie de l’arbre. De plus, cette intervention n’aurait pas été durable et aurait pu entraîner l’apparition de nouveaux défauts, notamment en cas d’événements climatiques majeurs », soutient HQ. 

Responsable si l’arbre tombe

Des citoyens ont reçu une lettre de HQ leur faisant part qu’ils étaient « responsables » si l’arbre tombait sur des lignes électriques. « HQ nous dit que si l’on refusait d’abattre les arbres, on en prenait la responsabilité si ça tombait sur les lignes. Au niveau des assurances, ça donne quoi? On ne le sait pas », répond Michel Gaudreault. « Ce qui me choque un peu, c’est la menace que si tu ne coupes pas ton arbre, si ça brise, tu es responsable et tu vas payer. Au contraire, si je coupe l’arbre, est-ce que HQ peut me garantir qu’il n’y aura jamais de pannes électriques? », renchérit Jacques Ladouceur. Devant le flou, le maire a poussé plus loin. « La responsabilité s’arrête à l’arbre, pour son propriétaire. Les citoyens ne seront pas facturés pour le rétablissement du réseau s’il y a un bris », a-t-il pu nuancer plus tard.

Faible canopée

Le couvert forestier de Richelieu représente 270 hectares. La municipalité s’étale sur 2 979 hectares. La canopée représente 9 % de ce territoire agricole. À travers les 82 villes de la Communauté métropolitaine de Montréal, cela situe Richelieu au 65e rang. « Si l’on enlève 1000 arbres, ça va être quoi, l’impact? », questionne Jacques Ladouceur. Le maire décrit que HQ voulait couper quelque cinq arbres devant l’édifice Saint-Joseph (école de Richelieu). « Êtes-vous au courant que ce sont ces arbres qui font de l’ombre dans l’école sans climatisation, avec des fenêtres qui ne sont pas fonctionnelles et que les enfants crèvent de chaleur? Il y a non-sens », estime-t-il.

Une fois l’arbre coupé par HQ, le propriétaire devient responsable de se départir du bois. HQ ne procède pas au replantage lorsqu’elle effectue des travaux de maîtrise de végétation. Pour les propriétaires qui souhaitent replanter des arbres, il existe différents programmes et guides liés au verdissement et au reboisement compatibles avec le réseau électrique. Le bon arbre au bon endroit et le Fonds de verdissement Hydro-Québec en font partie.