Richelieu : revente des maisons destinées au terrain de l’école secondaire

La Ville de Richelieu remet en vente les trois maisons qu’elle a rachetées en 2023 et 2024 en vue de la construction d’une école secondaire sur le lieu. Le projet scolaire devient encore plus abstrait.

Richelieu encaisse les pertes financières associées à l’acquisition de trois maisons situées à l’emplacement où serait construite l’école secondaire de Richelieu. Lors de la séance du conseil municipal du 7 avril dernier, les élus ont voté en faveur de la vente de ce trio d’immeubles. « On prend la décision de ne pas garder ces maisons et subir ce fardeau financier pour quelque chose qui n’arrivera peut-être jamais », explique Jacques Ladouceur, maire de la Ville. En juin 2023, la Ville de Richelieu avait voté un règlement d’emprunt de 2 107 000 $ pour l’acquisition de trois propriétés, permettant ainsi d’y construire l’école secondaire. La Ville avait racheté ces maisons du chemin des Patriotes à 443 000 $, 565 000 $ et 600 000 $. 

Évaluer la valeur actuelle

La Ville fait appel à un évaluateur agréé afin de situer la valeur marchande des maisons. Au moins trois agents d’immeuble seront ensuite contactés pour qu’ils déposent une offre de service. « On ne se fait pas d’attentes. Si l’on est capables de ravoir ce que nous avions payé pour, c’est déjà bon », avance le maire. Il met en contexte qu’elles sont inhabitées depuis plus de deux ans. « L’état intérieur, rien n’a bougé », dit M. Ladouceur. Il rappelle que l’une d’entre elles a vécu un incendie et qu’elle est encore pleine de matériel des anciens propriétaires.

Plusieurs contraintes

Les maisons sont en zone agricole et non pas sur un périmètre urbain (ou limitrophe). Jacques Ladouceur affirme qu’un changement sur la loi complexifie l’usage autre qu’agricole sur ces terres. « Il faut que la CMM et la CPTAQ soient d’accord. Avec cette nouvelle donne, le territoire visé n’entre pas du tout dans les critères », déclare la maire. Pour ce genre de dossier, il souhaiterait que les ministères s’accordent entre eux. « On donne l’odieux aux municipalités d’aller se battre avec la CPTAQ et la CMM, alors que le ministre de l’Éducation pourrait s’arranger avec les autres ministères concernés. Mais ça ne se fait pas de même. Ce serait bien trop simple », nomme-t-il. Il ajoute qu’un espace de 60 000 mètres carrés est exigé. « J’ai pas ça! »

Dans le cadre du Plan québécois des infrastructures 2020-2030, le Centre de services scolaire des Hautes-Rivières (CSSDHR) avait déposé une demande d’ajout d’espace. La demande est renouvelée chaque année depuis. Le ministère de l’Éducation n’a, à ce jour, jamais approuvé la requête. « Malgré toute la bonne volonté, on est loin de la coupe aux lèvres quant au jour où l’on va voir une polyvalente », prévoit le maire.

La Ville n’a pas permis au journal de prendre des photos sur le terrain desdites maisons pour des « raisons de sécurité et d’assurance ». Aucun périmètre de sécurité n’est établi, ni de signalisation prévenant du risque. De la rue, il a été possible de constater l’accumulation de diverses matières, entre autres des pneus, ainsi que du matériel laissé pour compte qui se désagrège, comme une thermopompe.

«Si l’on est capables de ravoir ce que nous avions payé pour, c’est déjà bon.» – Jacques Ladouceur

Debout contre la Ville

Devant le projet stagnant, la Richeloise Gayle Ellis est heureuse de ne pas avoir cédé son domicile, comme lui demandait la Ville deux ans plus tôt. « Elle (Ville) a bougé trop vite. Elle n’a pas planifié correctement. On ne vend pas et on conserve notre terre », réaffirme la femme.

Il y a près de 40 ans, son mari et elle ont construit leur maison sur une partie de la terre que lui a donnée son père. C’est avec surprise que Mme Ellis avait reçu, en septembre 2023, l’appel d’une courtière immobilière du Groupe Sutton. Celle-ci était mandatée par la Ville dans le cadre du rachat de certaines propriétés environnantes au lieu choisi pour construire la nouvelle école. Elle avait ensuite envoyé un courriel à Mme Ellis, le 16 octobre. La courtière y demandait notamment à combien Mme Ellis estimerait la vente de ses lots. Un document concernant le dépôt du Projet de loi relié à l’expropriation, déposé par Québec, accompagnait également le message.

La Ville avait répondu au journal que le document avait été transmis uniquement à titre informatif. Lors d’une rencontre tenue le 23 novembre 2023, à l’hôtel de ville, avec la représentante de Mme Ellis, sa fille, la présence de ce document avait été mentionnée. « Nous avons, dès l’instant, tenu à mentionner qu’aucune expropriation n’était envisagée. Il n’y a aucune propriété visée par un processus d’expropriation dans ce dossier. Toutes nos démarches visent à faire l’acquisition de gré à gré de l’ensemble des propriétés concernées », assurait la Ville. Mme Ellis n’avait pas répondu aux derniers messages de la courtière mandatée par la Ville. 

« Nous payons tous pour ça. »

Il y a moins d’un mois, Jacques Ladouceur a fait savoir qu’il en coûte à la Ville 125 000 $ annuellement, « capital et intérêts remboursement », pour l’emprunt permettant l’achat des trois maisons. Il a ajouté que les coûts afférents à ces acquisitions s’élèvent à près de 100 000 $. Il est aussi question de pertes de revenus en matière de taxes municipales estimées à 7 500 $. De sa demeure, Gayle Ellis constate l’entretien qu’effectue la Ville sur les trois maisons rachetées. « Ils déneigent, ils coupent le gazon, nous payons tous pour ça », conclut-elle.

Au sujet des maisons, une soirée d’information aura lieu le 5 mai, avant la séance ordinaire.