Montérégie : grève du milieu communautaire : vu comme de la main-d’œuvre bon marché

À quelques jours du mouvement de grève nommé Le communautaire à boutte!, le milieu affirme en avoir assez d’être perçu comme du « cheap labor » (main-d’œuvre bon marché).

Le mouvement de grève Le communautaire à boutte! se tiendra du 23 mars au 2 avril prochains. L’initiative dénonce le sous-financement chronique vécu par le milieu.

Johanne Audet, directrice générale (DG) du Centre d’action bénévole (CAB) de la Seigneurie de Monnoir, est excédée. Son organisme a obtenu le mandat de grève. « Très souvent, on est utilisés comme du cheap labor. On est aussi professionnels qu’au public, mais on n’est pas reconnus », compare-t-elle.

Un rehaussement insultant

Le 28 janvier, Chantal Rouleau, ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, a écrit ce qui suit au journal : « Je reconnais le rôle essentiel des organismes, je demeure à leur écoute et je poursuis mon travail pour trouver des solutions qui répondent le mieux possible aux besoins des communautés ». « Les bottines ne suivent pas les babines », réplique quant à elle Johanne Audet .

La ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire avait également fait part que, cette année, le milieu communautaire bénéficie d’un financement total de 2,2 milliards de dollars, soit le double du montant accordé lors de son arrivée au pouvoir. « Le gouvernement dit avoir fait beaucoup d’investissement, mais ce n’est que du rattrapage. Quand il y a eu la pandémie, on était importants, mais les besoins ont augmenté. Le financement n’a pas suivi au rythme de la demande de services », observe Johanne Audet.

L’an dernier, Mme Audet a demandé un « rehaussement » pour les sept travailleurs de son organisme. Elle demandait un peu plus de 200 000 $ afin qu’ils touchent un « salaire considérable ». En tout, elle déclare avoir eu droit à 1 912 $ pour ses employés. « Une claque en pleine face ou ça, c’est la même chose », nomme la DG du CAB.

160 mandats de grève

Johanne Audet aborde le prochain segment avec enthousiasme. « Les organismes sont prêts et mobilisés », indique la femme qui est la porte-parole du comité local formé lors d’une rencontre antérieure avec la Corporation de développement communautaire du Haut-Richelieu-Rouville. Au moment d’écrire ces lignes, en Montérégie, ils étaient plus de 160 à avoir déposé leur mandat de grève. Johanne Audet mentionne que des dépôts s’ajoutent quotidiennement. « Ce que l’on demande, ce sont des conditions de travail décentes pour nos travailleurs du communautaire. On veut avoir un financement suffisant à la mission et être reconnus pleinement et entièrement comme des organismes importants », revendique-t-elle.

Pas tous les organismes

Concernant la grève, des organismes disent soutenir la cause mais ne lui emboîteront pas le pas. « On est des organismes autonomes. Chacun fait ce qu’il pense être le mieux pour son organisme. C’est sûr que l’on aimerait que ce soit 100 % des gens qui participent, mais tous décident par eux-mêmes », conçoit Mme Audet. Elle demande toutefois aux organismes qui ne participent pas de porter le bracelet rouge. L’accessoire représente le « filet social, qui est en train de s’effriter, que tiennent à bout de bras les organismes ».

Trois manifestations

Localement, pour le Haut-Richelieu-Rouville, un rassemblement est prévu le 25 mars, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Une mobilisation régionale se tiendra ensuite le 27 mars à Longueuil. Un autre point fort est prévu le 2 avril devant l’Assemblée nationale à Québec, où des milliers de participants sont attendus, transportés en autobus à partir de plusieurs régions de la province.