Montérégie : des habitudes qui changent en raison du coût de l’essence
Des habitués des plans d’eau modifient leurs pratiques nautiques en raison notamment du coût de l’essence.
Sur le territoire du journal, des gens qui profitent des plans d’eau réagissent au coût élevé de l’essence.
Yanick Beauregard vit sur son bateau, à Chambly. Il fait remarquer que la récente guerre en Iran, déclenchée à la fin du mois de février dernier, a eu un effet sur l’essence. « La journée où la guerre en Iran a débuté, on a appelé notre fournisseur de diesel. Le prix était déjà à 1,70 $ le litre. L’an passé, à pareille date, il était à 1,40 $ », se souvient-il. Sa conjointe et lui ont souhaité remplir le réservoir, mais ils ont plutôt choisi de doser. « On s’est dit que ça allait sûrement rebaisser, et hop!, c’est toujours en hausse », remarque M. Beauregard. Le couple a donc rempli à 50 % de la capacité, soit 1 500 litres sur une possibilité 3 000. « Sûrement que pour les bateaux qui ont une petite tank, ça va changer leurs déplacements. Ils vont peut-être même décider de ne pas mettre à l’eau ou de rester à quai », suppose-t-il.
Un effet positif
Le Richelois Guillaume Larouche est un amoureux des sports nautiques. Il émet sa réflexion sur le sujet. « Le prix élevé de l’essence peut aussi être perçu positivement, car il pousse les gens à changer certaines habitudes », avance-t-il. Il énumère plusieurs moyens de propulsion : le carburant, l’électrique, le vent et l’effort physique. « On remarque déjà que ce virage est commencé sur nos routes. Davantage de personnes actives et une augmentation des véhicules électriques, que ce soit les voitures, vélos, trottinettes ou planches électriques. Sur l’eau, la situation devrait tranquillement évoluer dans la même direction », prévoit M. Larouche.
Il affirme observer déjà plus de personnes qui pratiquent le kayak, la planche à pagaie ou les sports de vent. « Même les pêcheurs utilisent de plus en plus les moteurs électriques. Un peu comme le vélo électrique, il y aura davantage de sports assistés par des moteurs électriques, ce qui permettra aux gens d’avoir plus d’autonomie lors des journées venteuses ou pour parcourir de plus longues distances. Ne soyez donc pas surpris de voir de plus en plus de planches à pagaie électriques, de foils électriques ou d’autres solutions adaptées qui répondront aux besoins des adeptes tout en réduisant les dépenses liées au coût de l’essence. »
Moins de tournois de pêche
Comme le dit le Chamblyen Régis Nault, il « couraille » les tournois de pêche, avec son fils, qui représentera la Montérégie lors des Jeux provinciaux de pêche. L’enjeu de l’essence ne concerne pas que son embarcation, mais bien tous les déplacements qui y sont associés. Cette année, il concourra aux lacs Massawippi, Saint-François, Saint-Louis et Saint-Pierre. « Ça implique au moins une ou deux pratiques sur le plan d’eau avant l’événement », met-il en contexte. Le père de famille se limite à quatre tournois cette année. « Avec tous ces déplacements, la première chose que l’on regarde et qui fait mal, c’est l’essence. Tu ne traînes pas ça avec un Honda Civic! C’est le gaz du pick-up, en plus du gaz du bateau », situe Régis Nault. L’homme cite d’autres dépenses afférentes qui alourdissent son activité familiale. « Le coût d’inscription des tournois, les frais de descente du bateau, de nettoyage de l’embarcation, de stationnement. Ils t’attendent avec une brique pis un fanal. »
Effet sur les commerçants
Richard Véronneau, gérant de Location motomarine Sport Chambly, loue des embarcations qui demandent l’utilisation d’essence. « Le coût de l’essence aura un impact. Ça va toucher entre 15 et 20 % de notre chiffre d’affaires cet été », considère-t-il. Dans ses prix, l’essence est incluse. Ils ont donc été majorés en fonction de la situation. Il s’attend à voir plus de bateaux « dormir au quai » plutôt que de se promener allègrement. « Ça consomme beaucoup, un bateau. Ce que tu consommes en un mois avec ton automobile, tu le dépenses dans une fin de semaine avec ton bateau », compare M. Véronneau.
Steve Paradis, de la Garde côtière auxiliaire canadienne, croit que le coût de l’essence pourrait avoir une incidence sur la quantité de plaisanciers sur les plans d’eau qu’il patrouille. Il rappelle que lors de la pandémie, le prix de l’essence était monté à 2,50 $/L dans des marinas. Il compare que le prix est d’environ 2,20 $/L actuellement. « On a connu pire. On n’a pas atteint cette pointe », remarque-t-il. À cette époque, il relate avoir dû effectuer un nombre record de remorquages liés à une panne d’essence. « Les gens étaient habitués à mettre un certain montant et à faire un itinéraire habituel. Mais avec ce même montant, le nombre de litres ne suivait pas », raconte-t-il. Il résume sa vision : « Oui, l’essence peut avoir un certain impact. Est-ce que ça va diminuer de façon significative? J’ai des doutes. »
L’équipe qui sillonne les eaux locales afin de porter secours aux plaisanciers ménage sa dépense en essence. Elle n’utilise qu’un seul moteur lors de la moitié du temps qu’elle patrouille. Elle emploie le second lors de son retour vers la marina. Lorsqu’elle vit un appel d’urgence, les deux moteurs sont mis en action afin de répondre le plus rapidement possible.
L’embarcation de la Garde côtière auxiliaire canadienne est à l’eau depuis le 6 mai dernier. Le 15 mai, les écluses du lieu historique national du Canal-de-Chambly se sont ouvertes. Steve Paradis remarque habituellement un achalandage élevé à cette période de l’année. Il décrit que ç’a été « plutôt tranquille » comparativement à d’habitude. Il émet l’hypothèse que le climat froid vécu dans la première partie du mois de mai a possiblement retardé le début de la saison.