Montérégie : à la merci de subventions pour des infrastructures sportives

Les villes investissent des sommes colossales afin d’offrir des infrastructures sportives à leurs citoyens. La quête de subventions devient un enjeu majeur pour ce genre de dossier.

Les villes indiquent accorder une « grande importance » aux infrastructures sportives et de loisir. « Elles ont un impact direct sur la santé, le bien-être et la qualité de vie des citoyennes et des citoyens », mentionne Alexandra Labbé, mairesse de Chambly. « C’est contribuer directement à la qualité de vie des citoyens, tout en assurant un développement équilibré et durable du territoire », soutient Carignan. Vincent Després, maire de Marieville, y voit un avantage pour tous les groupes d’âge. « C’est investir dans la santé. Et quand nos jeunes bougent, ils ne sont pas devant des écrans », situe-t-il.

Choisir quoi développer

La mairesse chamblyenne nuance que les investissements doivent toutefois être planifiés et hiérarchisés afin de respecter la capacité financière municipale et de répondre en priorité aux besoins les plus critiques. « Nous nous devons d’être de plus en plus stratégiques dans la recherche de subventions et la diversification des sources de financement. Également, les occasions de collaboration intermunicipale seront essentielles dans les prochaines années pour développer ce type d’infrastructures », convient-elle. Carignan nous fait part que les décisions d’investissement reposent sur une « analyse rigoureuse » prenant en compte la popularité des activités, l’état et la capacité des installations, l’évolution démographique ainsi que les besoins émergents. « Surtout, la voix des citoyens est au cœur de cette réflexion », considère la Municipalité. Vincent Després estime qu’avant tout, il faut entretenir convenablement des infrastructures déjà existantes. « Quand tu détiens certaines infrastructures sportives, il faut leur donner de l’amour. Au Québec, nos arénas ont été construits dans les années 60. On voit ce qui arrive aujourd’hui : des villes n’en ont pas pris soin et sont prises avec des coûts élevés pour les remettre en ordre », observe-t-il. Pour les trois villes, les demandes, les commentaires et les signalements transmis sont également analysés et contribuent à orienter les priorités.

Peu d’infrastructures

Richelieu détient une piscine extérieure. L’admission y est aussi gratuite pour les résidents de Carignan et de Saint-Mathias-sur-Richelieu. « C’est normal de se compléter et non de se compétitionner. On pourrait offrir plus de loisirs si toutes les villes s’accordaient. Il s’agit juste de bien s’entendre sur les frais et l’utilisation. Ça devient un beau défi », met en reflet Jacques Ladouceur, maire de Richelieu. Ses citoyens utilisent les infrastructures sportives des villes environnantes. « C’est un couteau à double tranchant. C’est sûr que tu n’as pas la gestion à faire, mais quand tu utilises, il faut que tu paies », se résigne-t-il. L’utilisation de ressources externes « peut devenir un casse-tête » pour des associations. Le maire richelois se souvient du temps où les joueurs de soccer devaient aller jusqu’à Farnham ou Knowlton pour avoir une ligue digne de ce nom. « Aujourd’hui, on va vers Chambly. On paie plus cher, mais ce n’est pas le même service et on n’a plus à s’éloigner. C’est vraiment clés en main. C’est une question de choix. »

« Nous nous devons d’être de plus en plus stratégiques dans la recherche de subventions et la diversification des sources de financement. » – Alexandra Labbé

Investissements sur le territoire

Au cours des dernières années, les villes du territoire ont investi d’importantes sommes en matière d’infrastructures sportives ou d’initiatives permettant l’activité.

En mai dernier, Chambly a accordé un contrat de 4,45 M$ pour la réalisation des travaux d’aménagement du Centre sportif régional, situé à Carignan. De son côté, Carignan a adopté un règlement d’emprunt d’un montant de près de 2,9 M$. L’entente intermunicipale permettra des infrastructures polyvalentes. Une portion du lieu est réservée à l’usage du Centre de gymnastique IONYX, par le biais d’une sous-location.

En 2025, Chambly a validé l’entente de gestion avec BIXI Montréal. Le projet de vélos partagés représente un investissement de plus de 700 000 $, dont 280 000 $ sont financés par Québec.

En septembre 2019, Chambly annonçait la fin des travaux du Centre sportif Robert-Lebel. En deux phases, le coût était de 5,7 M$. Provenant de trois différents programmes, 2 M$ de subvention ont allégé ce projet global.

En juin 2022, Carignan inaugurait sa patinoire réfrigérée et son chalet d’accueil. La Ville a investi 6,8 M$ dans ce projet. Une pumptrack (piste à rouleaux) fait aussi partie de l’offre de service du secteur.

Depuis que Marieville a fait l’acquisition de l’aréna Julien-Beauregard, plusieurs travaux ont été effectués. La réfection complète de la toiture a été faite en 2020. Elle a coûté 513 000 $. Depuis, des travaux supplémentaires ont eu lieu pour 342 000 $, incluant l’achat d’une nouvelle surfaceuse. La Ville entreprendra, du 1er mai au 15 septembre, des travaux de réaménagement des vestiaires à l’aréna Julien-Beauregard. Le contrat a été octroyé pour la somme de 1 343 000 $. La Ville essuie cependant un refus pour sa demande de subvention dans le cadre du programme PRACIM pour la rénovation de l’aréna. « Bien que ce bâtiment soit situé à Marieville, il est essentiel pour répondre aux besoins régionaux. Souhaitant prendre soin de nos infrastructures existantes, nous avons néanmoins décidé de poursuivre ce projet sans aucune aide financière, puisque l’aréna est indispensable pour les citoyens régionaux », informe Tania Tremblay, directrice générale de Marieville. Richelieu, Sainte-Angèle-de-Monnoir, Rougemont, Saint-Césaire et Saint-Paul-d’Abbotsford font partie des villes qui utilisent l’amphithéâtre.

Marieville est présentement en appel d’offres pour les travaux de réfection complète des terrains de baseball. Les entreprises ont jusqu’au 12 mai pour déposer leurs dossiers. L’estimation des coûts pour ce projet demeure confidentielle à cette étape, afin de ne pas influencer les prix dans le cadre du processus d’appel d’offres

En juin 2025, Richelieu inaugurait ses terrains de tennis au parc Florence-Viens. La Ville a engagé des dépenses totalisant à presque 503  000$ pour le réaménagement du lieu. Une aide financière de 125 000 $ a été accordée dans le cadre du Programme de soutien aux infrastructures sportives et récréatives de petite envergure. 

Les quatre villes investissent également dans les terrains de pickleball, un sport accessible dont la croissance est forte.

La piscine se fait attendre

Parmi l’absence d’infrastructures, la piscine extérieure de Chambly est un sujet qui revient souvent sur la table. La Ville de Chambly a annoncé qu’elle adressera une nouvelle demande d’aide financière pour le projet de reconstruction de la piscine et de son chalet de service, lesquels sont fermés depuis l’été 2022. Elle affirme que cette subvention gouvernementale pourrait couvrir jusqu’à 66 % du coût, estimé à 9,4 M$ avant taxes (pour un total de 10,8 M$ incluant les taxes). Contrairement aux démarches précédentes, les frais reliés à l’aménagement du parc Gilles-Villeneuve ont été retirés de la demande, « permettant de maintenir le projet d’aide financière sous la barre des 10 M$, augmentant ainsi considérablement les chances d’approbation par le Ministère », considère la Ville. La Ville paiera sa part des coûts admissibles, assumera les frais d’exploitation continus ainsi que tout dépassement de coûts potentiel.

Forum sur les installations sportives

Le 25 avril prochain, Chambly organise un forum sur les installations sportives, réunissant les organismes reconnus par la Politique d’admissibilité et de soutien des organismes. Les objectifs concrets sont d’effectuer le portrait des installations sportives de Chambly; consulter les organismes sportifs utilisateurs pour identifier les enjeux vécus sur le terrain et les priorités de développement; recueillir les besoins, les enjeux et les priorités dans un cadre structuré et équitable. Carignan prévoit une démarche d’actualisation de son plan directeur des parcs et songe à y intégrer de façon plus globale les infrastructures de loisir. L’élaboration du dossier est actuellement en cours afin de mandater une firme spécialisée qui accompagnera la Ville dans cet exercice. « Cette démarche permettra d’évaluer l’offre existante, d’identifier les besoins actuels et futurs, ainsi que de mieux planifier les investissements à court, moyen et long terme », précise Carignan. La Ville a également entrepris la mise à jour de sa Politique familiale et des aînés et de son plan d’action. Le sondage en cours permet de recueillir des données concrètes sur les besoins en matière de loisirs, d’activités et d’infrastructures sportives.